05/04

Dimanche des Rameaux : le Haut Mal ...


A la Cour : chronique

 

En ce troisième dimanche sans grand- messe à la cathédrale, alors que l’on aurait dû y célébrer l’arrivée triomphale de Christ dans la ville sainte et surtout y faire bénir Rameaux et buis, les ministres firent examen de conscience et acte de contrition.

 

On avait cloîtré les sujets, avec beaucoup de fermeté pour le vulgaire, mais en exemptant forgerons et bâtisseurs. Aux yeux des âmes simples, cela était contraire à la logique de Monsieur Descartes. On leur avait aussi interdit le réflexe salvateur d’aller se terrer à l’abri de Mère Nature, loin des lieux de pestilence. Pire, pour les quelques courses rendues nécessaires par la faim les tenaillant, on chipotait sur l’importance des paniers. Tant de fermeté irritait le bon peuple, qui ne comprenait pas, d’ailleurs, que l’on ait négligé de lui dire qu’il fallait surtout éviter, par de petits masques à défaut de becs, de se jeter à la figure, les uns les autres, miasmes et germes. Certes, on avait manqué de pareils objets, fabriqués au loin sous licence royale, mais il existait quelques substituts. On y avait manqué et le peuple s’en aperçu.

On lui avait aussi maladroitement caché le nombre de tristes vieillards ayant trépassé du grand mal dans de sinistres maisons.

Les plus éminents docteurs de la faculté, en se querellant sur la nature du mal et les onguents utiles, apportaient plus de doutes que d’espoirs. Les bourgeois, qui avaient échangé or et bel argent contre les billets de Monsieur Law et la promesse d’Eldorados, étaient rendus anxieux par les trop rares discours du Grand Argentier. Quant aux serfs, ils savaient bien que la ruine de leurs maîtres leur ôterait les quelques miettes nourrissant leur famille. Beaucoup de craintes, beaucoup de colères.

 

Chacun des conseillers avait bien parlé au peuple, mais en se contredisant d’un jour sur l’autre. Le Grand Conseil s’agitait en tous sens, jetant des discours incompris. Cette danse démente autour de sa Majesté muette rappela à bien des sujets, les effets tragiques du Mal des Ardents.

 

Et le bon peuple engagea cette semaine sainte en priant que Barons, Ministres et jusqu’au Roi lui-même ne fussent pas frappés du haut mal.

 

 

Autrement :

Il fait toujours beau, même pas mal et la vie est belle. Petit trajet jusqu’à Granges sur Beaume pour y faire provision de Morbier, Comté et charcuteries jurassiennes. Trajet sans encombre : les gendarmes devaient être aux casernes ou à chasser le Parisien sur autoroute.

 

Juste un dernier mot au cuistre qui s’émeut que l’on ait autorisé l’usage d’un sédatif puissant pour les agonisants… Que celui qui n’a jamais tenu la main d’un être aimé se noyant dans ses propres secrétions, sans rien pour en adoucir la douleur, sans médecine, entre la morgue d’un interne mal thésé et les pleurs d’une infirmière impuissante… est prié de fermer sa gueule, d’aller manifester avec les ultras ou de pétitionner, mais tout seul – Merci.