lettre du jour


lettre du jour : élire un Roi ?

 

Très cher ami,

 

Hier, je t’avais dit ma perplexité devant l’agitation des chroniqueurs à l’approche des élections devant bientôt conduire à la désignation d’un nouveau Roi. J’ai pu, avec moult précautions imposées, me faire expliquer cela par un collègue d’infortune.

Il m’expliqua que l’opinion des sujets s’éparpillait désormais en une multitude de petits groupes se réclamant de l’un ou l’autre des meneurs déclarés, tous candidats pour remplacer l’actuel souverain.

Il ne s’agissait plus, comme cela se faisait antan, de disputer entre proches du petit peuple ou amis des puissances d’argent, mais, chaque petit sujet ou opinion déviante faisait débat et faisait se ranger les sujets derrière l’un ou l’autre des candidats.

 

Côté procédure, après des mois et des mois de stériles mais féroces affrontements verbaux, on procédait au vote désignant au final le futur monarque. Ce dernier demandait alors que l’on renouvelle le Parlement pour le faire à son image. Tous deux, ainsi, mariant pouvoirs exécutifs et législatifs, tenant également les juges par la laisse de leurs intérêts de carrière, pouvaient gouverner le pays de la plus absolue des manières. A bien y regarder, leur pouvoir n’était que façade. N’ayant aucune prise sur les échanges, le commerce et les industries, le pays comme tout les autres sur cette planète vivait au rythme et selon désirs ou intérêts des puissances d’argent.

 

Je me fis expliquer aussi quels étaient les multiples postulants. On me dit que, parmi les partisans affichés du petit peuple, on s’était divisé sur quelques sujets annexes ou doctrines anciennes, et aussi sur l’ambition annoncée de l’un ou l’autre de leurs tribuns. Parmi les partisans de l’ordre et de la bonne marche des affaires, après la division entre pays ouvert ou rejet des étrangers, on s’était éparpillé entre les multiples nuances de ces deux opinions. L’affaire était sensible, de plus en plus de pauvres réfugiés se pressaient aux frontières, on supputait que la crainte de trop nombreuses arrivées ferait différence et pourrait emporter les votes utiles : cela multiplia les espoirs et le nombre de candidats, faussant ainsi le jeu habituel.

Ce débat avait précipité sur le devant de la scène un curieux personnage, triste figure de chauve-souris, chroniqueur de son état, doté d’une certaine faconde et d’un habile langage. Quelques puissants mécènes s’étaient tout d’abord rangés derrière lui, mais, voyant fléchir son aura ou le voyant commettre quelques bévues, hésitaient désormais ou se retiraient. Néanmoins ce petit homme devait se déclarer candidat dans de prochaines heures : c’était l’affaire du jour !!! Dans d’autres cercles, proches de la nature, on se jetait à la face la complaisance que certains avaient pu manifester à l’égard des appétits et des débordements d’un ancien meneur. Le théâtre électoral ressemblait ce jour-là aux comédies des Italiens d’antan.

 

Le Roi actuel, pendant ce temps, ne disait rien. Le Grand mal, ses effets ou les contraintes de la lutte : il envoyait son Médecin aux lucarnes. On se battait dans les colonies : il envoyait un ministre. Ces derniers ne chômaient pas : ils courraient les départements, même les plus petits, pour porter partout promesses, belles paroles et engagements qui, bien sûrs, ne pourraient être tenus qu’après les élections.

Le Roi gagnait ainsi du crédit, se réservant visites au Saint Père ou cérémonies d’hommage.

 

Les parieurs misaient tous sur sa future et triomphale réélection.