Pâques en Provence .. Sur les traces de Vélocio
Vélocio, c'est qui - ou quoi ....
QUI : Paul de Vivie (1853 – 1930) Vélocio est son « nom de plume » … Né à PERNES LES FONTAINES, il exerce son métier d’ingénieur (à l’origine, dans la soierie) à SAINT ETIENNE. Mais, plus intéressé par le vélo dont il prévoit le succès, il fonde(1886) une manufacture de cycle à St Etienne (une bonne idée)
Son action dans ce domaine : fabriquer des machines plus légères, mais surtout plus « modernes », notamment en les dotant d’un changement de vitesse (il a dû explorer à peu près tout les systèmes possibles)… Sur ce point, il se démarque assez nettement des « coureurs », habitués aux machines mono-vitesse (le dérailleur était interdit par l’UCI de l’époque) ou aux « matchs » se déroulant sur un « manège » (l'ancêtre de la piste) ….
On doit aussi à son activité industrielle le cadre sans raccords, les moyeux détachables, le cadre équiangle… en fait, les premiers cycles « modernes » …
Sa pratique en matière de cyclisme est tournée vers de longues virées et des voyages : efforts mesurés mais de longue durée.
Il pensait que cette pratique, sur des machines performantes et relativement peu couteuses permettraient au plus grand nombre l’accès (comme l’envisageaient les « hygiènistes » de l’époque) à des loisirs sportifs, sains, et,- par le voyage et la découverte du pays-, culturels… C’est dans cet esprit qu’il forma le néologisme de « cyclotourisme » (1888) …
Son côté militant : Installé à Saint Etienne, il est au centre d’une petite (de moins en moins petite au fil du temps) équipe d’adeptes ou de disciples, avec lesquels il randonne sur des distances journalières souvent supérieures à 200 kms. Il publie, dès 1887, la revue « le Cycliste », outil de « propagande » et milite pour la création du « Touring Club de France » (1889) – ancêtre de la FFCT…
Il est aussi à l’origine des « diagonales de France » (toujours au programme FFCT) . Avec le développement du cyclotourisme au début du 20°, il programme quelques manifestations, en donnant rendez vous à ses adeptes :
- « montée Vélocio » (la montée chronométrée du Col de La République) qui est toujours organisée,
- rendez vous d’automne à son col « préféré », le Col de Pavezin
- surtout, à partir de 1924, un rendez vous pour PAQUES en PROVENCE (à l’origine Les BAUX DE PROVENCE) première grande « concentration » cyclotouriste.
Voilà pour l’homme. En prime … deux citations (à actualiser papr vous-même, ça date quand même d’un siècle !!!):
Ses 7 Préceptes :
- " Haltes rares et courtes, afin de ne pas laisser tomber la pression.
- Repas légers et fréquents : manger avant d'avoir faim, boire avant d'avoir soif.
- Ne jamais aller jusqu'à la fatigue anormale ….
- Se couvrir avant d'avoir froid, se découvrir avant d'avoir chaud et …..
- Rayer de l'alimentation, au moins en cours de route, le vin, la viande …
- Ne jamais forcer, rester en dedans de ses moyens, ….
- Ne jamais pédaler par amour-propre »
.Et celle-ci, que j’aime bien
"La bicyclette n’est pas seulement un outil de locomotion ; .. Elle libère l’esprit et le corps des inquiétudes morales, des infirmités physiques que l’existence moderne, toute d’ostentation, de convention, d’hypocrisie – où paraître est tout, être n’étant rien – suscite, développe, entretien ….. " (Velocio, 1903)
les "Flèches Vélocio" - les traditions pascales
Un club, l’AUDAX CLUB PARISIEN, gérait le « patrimoine intellectuel» du maître en organisant, chaque année les « Fléches Vélocio » en direction de la concentration traditionnelle de Pâques en Provence. Il s’agissait de réaliser, dans cette direction, en 24 heures précises et sans assistance, la plus grande distance possible. Tout les 4 ans, était aussi organisé un PARIS BREST PARIS soit un peu plus de 1.200 kms.
1978
Nous fûmes tentés pas ces organisations « prestigieuses » et notre première expérience fut de tenter une « Flèche Vélocio ». La chose s’effectuant par équipe de 3 à 5 « machines », deux amis, Jean Paul et Gérard se joignirent à nous. Munis de nos « cartes de route », car il fallait pointer aux points extrêmes du parcours, nous partîmes par un froid matin du Samedi « saint » par l’itinéraire qui deviendra, au fil des années, incontournable, soit VIENNE et la vallée du Rhône. La « mode » était déjà de descendre cette vallée par la RN 86 … Nous engageâmes cette route dans l’après midi, avec une brise favorable d’au moins 30 km/h. Les contrôleurs placés sur la route aux alentours de LA VOULTE SUR RHONE furent surpris de nous voir passer avec 2 bonnes heures d’avance et le « tour des remparts » d’Avignon fut effectué avant minuit. La nuit, bien qu’éclairée par une belle mais froide lune « rousse », ralentit fortement notre course. Les lampes étaient alors peu puissantes, les piles s’usaient bien trop vite… et, bien sûr, une légère fatigue commençait à se faire sentir. Nous parvînmes quand même au but initialement prévu : CARRY LE ROUET après « seulement » 23 heures de route et il nous fallut poursuivre pendant encore une petite heure. C’est finalement à MARTIGUES que nous « pointions » notre arrivée, après 510 kms parcourus en 24 heures . La suite devait être plus problématique : il nous fallait rejoindre le lieu de la concentration pascale, cette année là aux BAUX DE PROVENCE, avant l’heure fatidique du « discours du président » pour voir notre « Flèche » définitivement validée. Il restait donc encore une bonne cinquantaine de kms à faire, face au puissant mistral qui n’avait pas manqué de se lever. La chose faillit avoir raison de notre pugnacité : Josette au bord des larmes et moi au bord de l’inanition … Petit arrêt, visite de boulangerie et, rassasiés et relancés, nous obtinrent notre première « médaille » … Après un copieux pique-nique, une sieste au soleil et à l’abri du vent, il nous fallut reprendre la route vers le Nord. C’est à BAGNOLS SUR CEZE, après avoir quitté notre ami Gérard, qui, lui, préférait la SNCF à notre compagnie, que nous trouvâmes le gite et le couvert de ce Dimanche soir.
Lundi matin, nous engageâmes la RN 86 en sens inverse de l’avant-veille. L’époque était encore aux traditions et de nombreux collègues la fréquentaient aussi au retour. Tradition aussi : un simple salut au passage et le peloton s’organisait, chacun, tour à tour, prenant la tête et se plaçant face au vent … C’est donc dans de bonnes conditions que nous atteindrons VIENNE, et quittant nos compagnons du jour, que nous nous dirigerons vers nos pénates. Vers GERUGE, à une quinzaine de kilomètres de chez nous, nous entendrons sonner minuit, et entamerons nos derniers efforts vers un repos bienvenu, après un WE de 1.000 kms et avant, dès le lendemain, la reprise du travail …
Dis comme ça, la chose paraît un peu excessive et peu compatible avec une activité « de loisir », mais c’est méconnaître l’exaltation de la réussite, les étranges sensations de la nuit, la certitude que l’on pourrait aller ainsi « au bout du monde » … et, au final, l’impression « d’être en route » plutôt que de « faire la route » …